- Michel - 16 y.o - French -
will reblog fashion, music, thoughts, everything that will make you understand who I am and what I like. You won't regret to follow. ♥

A (kind of) Cinderella Story.

CHAPITRE UN.

Jupes retroussées, sourires à l’harmonie branlante plaqués sur leurs lèvres difformes, chevelures impeccablement jointes dans leurs chignons ajustés, les deux demoiselles avançaient gaiement entre les murs du palais de fer rouillé. L’une agrippait sévèrement l’autre par son bras maigre en l’attirant avec une malice non feinte vers cette pièce cachée dans laquelle elles passaient leurs heures oisives. Quelques pas seulement et elles endosseraient élégamment leur rôle de miliciennes diaboliques pour corrompre l’âme de l’innocente recluse qui y était enfermée. La joie qui s’introduisait dans leur cœur à chaque fois qu’elles posaient un escarpin devant l’autre tordait leur visage. Seules dans leur domaine solitaire, elles ne ressentaient aucune peur à l’idée de pénétrer dans toutes les alcôves pour y trouver leurs jouets. Susurrant quelques mots indistincts à l’oreille de sa sœur, la première tourna la clé dans la serrure sans cacher son impatience et, soulevant le bas de sa robe, avança dans la pièce sombre et délabré dont elles n’étaient pas supposées connaître l’existence. L’autre, s’accrochant à la taille de la première, fit de même, laissant s’échapper quelques éclats de rire en l’apercevant.

Et elle était là, collée contre un mur, la cucendron sorcière. Ses cheveux d’un blond éclatant d’origine, emmêlés et couverts d’une crasse qui lui seyait bien, formaient devant ses yeux comme un voile. On ne pouvait apercevoir de son visage enfantin qu’une vague lueur, dissimulée derrière ce rideau sale. Illuminés par une lumière artificielle émanant d’une ampoule nue, accrochée juste au-dessus de sa tête, ses yeux éclataient dans la noirceur impénétrable de ses traits innocents, tels des étoiles s’amusant dans la nuit. Ses frêles genoux étaient collés contre son menton et son apparente respiration constituait le seul mouvement qu’elle se permettait d’effectuer. Son esprit grimpait sur l’échafaud de sa vie et la lame se rapprochait de sa nuque à mesure que les gracieuses harpies avançaient. Des larmes tranchantes mutilèrent ses joues et son cœur se rythma d’un battement supplémentaire, comme des coups de tambours avant l’exécution. Un bûcher sembla s’être embrasé au fond de ses entrailles tandis que la première s’installa à son côté. Elle plaqua ses lèvres aiguisées contre son oreille et lui chuchota quelques paroles d’un ton rassurant. L’autre fit de même, esquissant un sourire d’une extrême et déroutante tendresse. Puis, riant, elles soulevèrent la princesse et s’échappèrent avec elle.

Les larmes qui s’échappaient à présent de ses prunelles étincelantes n’étaient plus douloureuses, mais réchauffaient au contraire son visage glacial. Entraînée par la joie des deux sœurs dans une sorte de danse festive, elle se laissa aller à son macabre sort et se mit à rire à son tour. Elle tourna, tourna longuement, tailladée par son bonheur, lacérée par une incompréhensible félicitée qui la prenait toute entière. Chaque parcelle de son âme était transcendée par cette sensation nouvelle et elle suivit ses sœurs, prête à courir jusqu’à expirer son dernier souffle. Les rayons du soleil striaient et enjolivaient son visage, créant autour de lui un halo angélique. Elle dérapait à chaque mètre qu’elle parcourait en marchant sur sa robe poussiéreuse. Le talon de ses chaussures usées se brisa sous la force de ses pas, mais elle ne cessa de courir. Bientôt, elle découvrirait à nouveau l’extérieur. Cette seule pensée suffisait à égayer son esprit. Elle voyait le ciel bleu s’étendre au-dessus de ses prunelles derrière les larges fenêtres, elle voyait l’herbe verte et la féerique forêt qui semblait ne jamais se terminer. Elle voyait les oies qui gambadaient joyeusement dans le jardin et la ruisseau qui courait sous le petit pont de bois qu’elle avait foulé autrefois. Ses jambes se dérobaient sur le parquet luisant tandis qu’elle continuait son ascension jusqu’à l’olympe de ses jours et elle se mit à dévaler les escaliers de pierre qui la séparait d’une liberté certaine. Ses deux sœurs se mirent chacune d’un côté de la porte et la lui ouvrirent. Elle avançait lentement, tentant de refouler cet espoir qui s’immisçait en elle, refusant de s’exposer à ce plaisir damné. En traversant ce dernier couloir, elle ne succomberait pas. Ce n’était pas l’échafaud qui l’attendait derrière cette porte, mais le nirvana. Au diable la potence ! Elle souleva le bas de sa robe et se remit à courir, répondant avec spontanéité au vacarme de ses désirs. Ses oreilles bourdonnaient et l’équilibre lui manqua lorsqu’elle passa la porte. Elle prit quelque secondes pour s’habituer à cette clarté nouvelle à laquelle elle n’avait goûté depuis une éternité. Dès que ses yeux se furent accommodés à son nouvel environnement, elle ne put étouffer un cris. Là était son rêve, là étaient ses nuits : cachés dans la violente réalité de ce jour enchanteur. Elle se remit à arborer ses airs de grande dame et avança avec une grâce sans pareille, chorégraphiant chaque mouvement et offrant une révérence aux oies qui se dressaient sur son chemin.

Ses sœurs lui emboîtèrent le pas et se mirent à rire en l’observant. Bras dessus, bras dessous, elle se chuchotaient mutuellement quelques paroles et continuaient à observer ce délicieux spectacle. Le numéro principal de leur cirque personnel se déroulait à merveille et le pantin central répondait positivement aux ordres de ses maîtresses. La bête fascination de cet ange sans aile les amusèrent et elles décidèrent qu’il était temps de porter le coup de grâce. La première se mit à courir, suivie immédiatement par la deuxième. Elle se dirigèrent follement vers l’écurie familiale et indiquèrent à la rêveuse qu’elle devait les imiter. Et elle y entra, la blonde. Elle se propulsa immédiatement à l’intérieur de sa bâtisse dont elle avait oublié le calme et bondit jusqu’au box de sa jument. Le sourire qui se dessina sur ses lèvres n’avait d’égal et elle profita de cet instant éphémère qui serait bientôt balayé. Elle allait s’échouer, seule sur le récif, noyée par les vagues. Mais ce sourire imperfectible ne s’était pas encore éteint alors que la première se rapprochait déjà. Elle allait s’échouer, la pauvre princesse déchue de ses fonctions. La deuxième entama sa funèbre marche. Elle allait s’échouer. Un dernier regard, un dernier sourire, qu’elle donna à ses sœurs, ébahie. Elle s’échouait. La première tira sur la corde et le seau se déversa sur elle. Elle avait échoué.

Les éclats de rire retentissaient dans l’écurie, stridents et tranchants. La lame avait atteint sa nuque et son cœur était brûlé. Son âme virevoltait dans les méandres de la rivière Styx tandis que son esprit aspirait à rejoindre Aphrodite. Elle était à terre, abattue. Elle ne cria même pas, elle ne protesta pas non plus. Le bonheur s’était échappé, envoyé de l’autre côté de la rive. Son corps couvert d’excrément tremblait de tout son long et ses larmes se perdaient dans le torrent. La lumière s’était éteinte.

Elle était belle, la cucendron sorcière.

Elle était belle, Elvira.

CHAPITRE DEUX.

Ses yeux vagabonds s’étaient posés sur les centaines de fleurs qui ornaient le jardin de leur doux parfum. Entourée d’une immuable symphonie de couleur, il lui aurait semblé qu’elle avait à apprendre de chacune d’elle. Comme une allégorie, leur forme, leur teinte, leur donnait un caractère unique. Elle aimait les fleurs. Tout en ce lieu l’apaisait et elle aurait pu s’y asseoir pour attendre que le temps s’évapore. Mais elle était toujours présente, la rosée de son cœur, la profonde mélancolie qui tourmentait son esprit. Les gouttes perlaient sur son âme et lui donnait un air infiniment triste. Mais au sein de son domaine, elle ne craignait rien. Si ses entrailles humides tremblaient de peur, sa conscience semblait s’être entourée d’une protection divine, qui empêchait toute pensée malsaine de pénétrer son corps. La souffrance lui avait toujours été viscérale, hors de ce havre paisible, elle s’effondrait à la moindre douleur, mais jubilait néanmoins dès qu’une satisfaction la prenait. Elle n’avait besoin que de peu d’eau pour s’épanouir : une goutte lui rendait son incroyable beauté. Mais le soleil était bien souvent trop fort pour ses pétales délicates et les contrariétés persistantes qui l’empêchaient de vivre la fanaient constamment.

Elle voulait être de ces femmes, de ces héroïnes romantiques. Elle voulait être érudite. Elle enviait ces demoiselles affranchies, ces femmes de caractère qui obtenaient le fruit de leurs envies. Elle voulait être de celles qui serraient les poings et avançaient sans fin le long de sinueux chemins. Mais dans ses gants de velours ne se trouvait une main de fer, sinon une main rouillée par le temps ravageur. Elle passa ses mains sur sa robe pour en défaire les plies et s’enfonça dans les profondeurs du jardin. Bientôt, quand toute obscure pensée se retirèrent et qu’elle se permit enfin de retrouver le jour, elle s’exalta aux sons qui se répercutaient de toute part. Les grillons sifflaient leur chant, les grenouilles croissaient dans l’étang. Elle voulut siffler, elle aussi. Néanmoins, son attention se concentra sur un son inhabituel qui troublait la tranquillité apparente du lieu. Mais son cœur ne trembla pas. Elle se trouvait au zénith de ses sentiments et ne pouvait se résoudre à s’imaginer que c’était autre chose que le bonheur qui venait à elle. Il tambourinait fièrement derrière elle et s’approchait inévitablement. Il résonnait dans tout le jardin, le bonheur, mais il allait la frapper de plein fouet. Elle pencha légèrement la tête sur le côté et plaça une mèche de ses cheveux ardents derrière son oreille pour mieux écouter. Oh la douce harmonie ! Elle ne parvenait à se convaincre qu’elle pouvait se retourner, qu’elle pouvait faire face à cette félicitée qui lui était interdite. Puis elle le vit. Il venait la sauver.

Un seul regard suffit pour qu’elle s’éprît de cet homme qui l’observait. Elle pouvait lire en lui tout ce que ne pourraient jamais identifier quelques mots bien placés. Entre eux se dessina une séraphique compréhension et dans ses yeux, elle décela la représentation même de la vérité. L’orage venait de propulser sa foudre sur son âme aérienne ; et la rêveuse eut l’impression qu’à ce moment, elle pourrait finalement s’adonner à des rêves plus doux. En un mouvement, elle avança jusqu’au jeune homme et déposa sa main contre sa joue glaciale. Ils ne s’étaient rien dit. Ils s’étaient tout dit. Elle ferma les yeux et, comme pour retrouver les bras de Morphée, déposa ses lèvres contre celle de cet inconnu qui s’était emparé de tout son être au moment où il avait posé les yeux sur elle. Les deux amants s’étreignirent longuement et, à cet instant, il lui aurait semblé que toutes les fleurs venaient de se parer d’une teinte plus éclatante encore, plus scintillante que jamais.

Et toujours, toujours, toujours elle se souviendrait de ce jour. Oui, toujours elle se souviendrait de ce jour où elle avait rencontré Marilyn.